Suite à l’éruption de 1977, les élus des communes et du Conseil Général ont pris conscience de la nécessité de surveiller l’activité du volcan, les zones habitées étant menacées il fallait prendre des précautions.
En dehors des rôles qui lui sont impartis, lobservatoire de volcanologie est une vitrine scientifique de renom pour létat français .La Fournaise est un des volcans les mieux instrumentés au monde ( nombreux capteurs installés ) et son activité très intense permettent une étude approfondie et la mise au point de nouvelles techniques utilisables dans le monde entier.
Actuellement financé par le Conseil Général de la Réunion et lInstitut de Physique du Globe de Paris
( C.N.R.S ), cet établissement a donc une double vocation :
- La surveillance du Piton de la Fournaise
- La recherche en volcanologie
Quand une éruption est pressentie, l’observatoire de volcanologie prévient immédiatement
les autorités
( le Préfet ) qui prendra les mesures appropriées pour avertir et protéger la population réunionnaise.
l'OVPF met à votre disposition le tout dernier communiqué relatif à la dernière éruption.
LE PERSONNEL
- M. Andrea Di Muro Directeur
- Philippe KOWALSKI détaché de l'Institut de Physique du Globe de Paris (CNRS).
C’est un travail continue, l’observatoire réalise une cartographie exacte des coulées. Il archive également les laves de toutes les coulées dans une Lithothèque.
Lactivité sismique est pour ainsi dire permanente, en temps normal on mesure souvent des micro-seismes isolés très faibles de magnitude 1
( qui ne sont pas ressentis par un être humain ).
L’échelle de RICHTER étant logarithmique, une sismicité de magnitude 2 représente 10 fois plus d’énergie qu’une magnitude 1.
En éruption, on ne dépasse jamais lindice 3 de cette même échelle.
35 capteurs sont disposés sur le périmètre du volcan .. et jusquà Cilaos, il est même question den placer à Salazie. Ces capteurs vont « montrer » un séisme à un instant t, on va croiser les mesures de tous ces capteurs pour situer lépicentre exact de ce séisme.
Les mesures numérisées seront enregistrées sur ordinateur ( 100 mesures par seconde et par capteur ) et gravées sur CD ROM ( 1 CD ROM par jour ).
Trémor éruptif au 27 octobre 2006
Vidéos réalisées par l 'OVPF
Prélèvement de lave du 20/09/2006 (T. Staudacher) (2804 ko)
Petit film du début de l'éruption l'éruption (31/08/06)... (5488 ko)
TECHNIQUES D'ETUDE
Elles sont variées et complémentaires. Certaines donnent des renseignements précieux car nous pouvons dores et déjà les décrypter, dautres sont plus expérimentales mais pourront avec le temps savérer capitales.
LA SISMOLOGIE : cest la base du travail de surveillance. On détecte la surpression et les fracturations du sol, il ny a pas déruption sans séismes. A la Réunion, ces éruptions sont fréquentes mais sans cataclysmes ( cest un volcan de type point chaud ).
LES DEFORMATIONS DU VOLCAN : quand le magma monte, on constate des déformations ( fissures ) et une variation de linclinaison des pentes.
L’ANALYSE DES LAVES : on trempe un prélèvement de lave dans leau pour bloquer son évolution chimique, on détermine sa profondeur dorigine grâce aux composants identifiés ( olivine ). Les analyses sont faites en métropole.
LES MESURES DE CHAMP MAGNETIQUE: ( depuis environ 20 ans ) elles permettent surtout de dater les anciennes coulées et donnent des indications par rapport à lactivité actuelle.
LES MESURES DE RADON : ( moins de 10 ans ) . Le radon est un gaz naturellement radioactif contenu dans le magma. Très lourd il est faiblement mobile. Toute arrivée de magma devrait donc saccompagner dune forte présence de radon, .. mais en 1998 on na rien remarqué ! ces études sont chaque jour remises en question pour faire évoluer la volcanologie.
LES MESURES DE DISTANCES ENTRE DIFFERENTS POINTS : ces mesures sont moins fréquentes ( 1 mesure par point et par heure ), elles sont effectuées par visée laser et sont donc plus difficiles voire impossibles quand il y a des nuages. Elles permettent de suivre lévolution du terrain et ses déformations .
L’ANALYSE DES GAZ ET DES TEMPERATURES DES FUMEROLLES : la présence de certains gaz peut être annonciatrice de certains phénomènes ou d une activité plus intense.
LES MESURES D’ECARTEMENT DES FISSURES : elles sont réalisées grâce à des extensomètres ( 3 capteurs ) qui peuvent donner des informations précieuses 3 mois avant une éruption. Cette technique existe depuis une quinzaine dannées, mais les mesures effectuées sont aujourdhui 10 à 100 fois plus fines quil y a 3 ans ..
Les instruments de surveillance
du Piton de La Fournaise
(OVPF)
1,1 Mo
L'ERUPTION DE JANVIER 2002 (article du JIR 11/10/2002)
Lanalyse du déroulement de léruption de janvier 2002 montre létendue des avancées obtenues en une vingtaine dannées dexistence de lobservatoire volcanologique. Mais chaque pas en avant dans la compréhension du fonctionnement du piton de la Fournaise ouvre la porte de nouveaux domaines de recherche sans laquelle la stricte surveillance du volcan naurait pas de signification. Et finalement, prévoir les éruptions nest sans doute pas aussi simple que chacun pourrait le croire.
400 jours de permanence depuis 1998
Lobservatoire volcanologique se trouve confronté, en raison de la recrudescence de lactivité du volcan, à un problème tout simplement humain : les neuf éruptions enregistrées entre 1998 et 2002 ont nécessité 400 jours (nuits ) de permanence, en plus des tâches de routine impératives (astreintes de week-ends et jours fériés à lobservatoire, toute lannée). Le tout assuré par six des membres de léquipe, forte de neuf personnes, toutes catégories confondues. La réduction du temps de travail ? En vigueur officiellement, elle est inacceptable pour le fonctionnement de lobservatoire, indique son directeur dans le rapport transmis à ses partenaires et dans lequel il réclame une solution durgence.
Recherche sous surveillance
Patrick Bachèlery, responsable du laboratoire des sciences de luniversité de la Réunion, chercheur associé à lobservatoire volcanologique, livre son analyse devant le comité de liaison annuel : Les gens sont un peu nostalgiques des années 60 où, avant larrivée de la route au pas de Bellecombe, guère plus de quelques dizaines de personnes montaient chaque année au sommet du volcan. Aujourdhui, poursuit-il, plusieurs centaines de personnes sy rendent certains jours. Fort de ce constat, même si les scientifiques ont bien précisé quils laissaient à la préfecture le soin de gérer en dernier ressort les conditions daccès au site en période déruption, la surveillance du volcan et la sécurité des personnes et des biens sont devenues quon le veuille ou non un enjeu majeur dès que lon parle du piton de la Fournaise aujourdhui.
La leçon de Piton Sainte-Rose
Étudié dès le tout début du XIXe siècle, notre volcan est pourtant resté longtemps ignoré. Seule léruption hors enclos qui ravagea Piton Sainte-Rose en 1977 fut capable de faire sortir de leur léthargie les décideurs de la Réunion et de les convaincre de la nécessité de construire un observatoire à la Plaine-des-Cafres, ce qui fut fait fin 1979. Cet épisode dramatique pour les habitants du village fit donc au moins le bonheur des chercheurs
Vingt-cinq ans après exactement, en janvier 2002, le piton de la Fournaise allait-il récidiver ? En ce soir du 5 janvier dernier, on nen mène pas large à Sainte-Rose. Tandis que lobservatoire volcanologique suit au fil des heures une crise sismique comme jamais il nen a connu, le sous-préfet de Saint-Benoît réunit autour de lui les services de lÉtat et le maire de la petite commune de lEst. Raison de leurs craintes : depuis 16 h 40, la sismologue Valérie Ferrazzini, rivée devant son écran, leur décrit en direct la migration souterraine du magma dans le rift nord-est du massif. Une information plutôt inquiétante puisque la crise séternisant, le risque dune sortie du magma à basse altitude et donc en dehors de lenclos se précise au fil des heures.
Finalement, on le sait, une première phase éruptive débute en fin de soirée, dans lenclos, non loin du Nez coupé de Sainte-Rose. Soulagement, provisoire seulement. Car, une semaine plus tard, au cours dune seconde phase, le magma jaillit à 1050 m daltitude, dans la plaine des Osmondes, dune fissure située au pied du rempart qui constitue la limite de lenclos du volcan. En réalité, la fissure sétait sans doute déjà mise en place dans cette zone fracturée lors de lintrusion du 5 janvier, le magma sy sinjectant sans difficulté. Il est évident, note Tomas Staudacher, directeur de lobservatoire volcanologique, que cette éruption ( ) réunit toutes les caractéristiques dune éruption hors enclos de type 1977. Par des circonstances heureuses, le magma a été drainé vers lenclos et le tunnel de lave de la plaine des Osmondes a permis un débit suffisamment important pour vider le réservoir de magma, sans nécessiter louverture de nouvelles fissures. Ce sont ces coulées qui se sont déversées deux jours durant dans locéan Indien après avoir enseveli le site de la Vierge au Parasol, du 14 au 16 janvier. Mais Bois-Blanc, épargné, pouvait respirer.
Prévenir plutôt que subir
Vingt-cinq ans plutôt, lobservatoire nexistant pas, les autorités avaient dû se résoudre à subir les événements : après une coulée dans lenclos, une série de phases éruptives menace en effet les villages de Bois-Blanc puis de Piton Sainte-Rose, évacués dans la confusion au fur et à mesure de lapparition des coulées de lave dans les hauts de ces deux localités En janvier dernier, confrontée à une importante sismicité permettant de redouter des épisodes éruptifs hors enclos, la préfecture organise donc à titre préventif et de façon méthodique lévacuation des habitants. Pour rien, assurément, mais qui aurait pu le prévoir ? Cest bien là où le bât blesse encore, malgré les moyens de contrôle de lactivité disponibles (lire ci-dessous : les incertitudes de la prévision).
Cest ici quon retombe sur le rôle de surveillance assigné à lobservatoire. Depuis vingt ans, lélargissement du réseau de capteurs a permis le recueil en continu dune quantité de données phénoménale. Un travail qui permet à lobservatoire de la Réunion de ne pas déparer, loin de là, avec dautres observatoires beaucoup plus anciens et largement mieux dotés, comme celui dHawaii, en terme de résultats de recherche. La fréquence de ses éruptions ( plus de 35 en une vingtaine dannées ) a fait du volcan réunionnais le volcan-laboratoire idéal pour de nombreux chercheurs français et étrangers. Et on se bouscule aujourdhui, toutes disciplines confondues, pour travailler au chevet du piton de la Fournaise, au point quun tri doit être effectué parmi les candidats stagiaires. Ce retour sur investissement peut constituer une source légitime de satisfaction. Mais à lheure où le gouvernement restreint les budgets de certains ministères, la recherche ne risque-t-elle pas de faire les frais de la morosité ambiante ?
Même si lInstitut de physique du globe et le conseil général assurent vouloir conserver le cap, la marge de progression de lobservatoire volcanologique pourrait en pâtir. Une politique déconomie ne pourrait que ralentir lémergence de nouveaux projets et freiner les initiatives, craignent les scientifiques.
Les incertitudes de la prévision
Comme le précise tout dabord en substance Claude Jaupart, directeur de lInstitut de physique du globe de Paris la surveillance ne serait rien sans la recherche et vice-versa : les deux sont étroitement liées. Et pour simplifier la problématique de la prévision dune éruption volcanique, du cheminement du magma, de lendroit où il va jaillir, le physicien fait appel à limage dun pare-brise de voiture que frappe une pierre : comment la fêlure se propage, sur quelle longueur, en observant quelle direction ? Autant dinconnues quil faudrait résoudre en tenant compte de lenvironnement du pare-brise : notamment son mode de fixation sur la carrosserie de la voiture, le joint qui joue le rôle damortisseur Rapporté à la prévision volcanologique, poursuit le scientifique, il faut donc tenter de comprendre les déformations du terrain que détecte le réseau de surveillance de lobservatoire en fonction des champs de contrainte existants et de leur modification, pour expliquer pourquoi le magma se propage dans une certaine direction et à une certaine vitesse. Tout cela fait appel à la mécanique et à lhydraulique, à la recherche fondamentale, appuyés sur des années dobservation instrumentales, un travail de très longue haleine.
Doù ce constat de prime abord surprenant : On est incapable de prévoir une éruption plusieurs mois à lavance, lâche Claude Jaupart, pas plus quon ne peut annoncer à long terme où le magma pourra sortir Un aveu dhumilité à tempérer toutefois : si lobservatoire sest rarement risqué à de tels pronostics, sauf en interne, il a bien annoncé toutes les éruptions du piton de la Fournaise, quon se rassure.
François Martel-Asselin (journal de lîle de la Réunion)